Je suis la place d’un village, déserte  et attentive.

La nuit j’écoute le silence

j’ai la forme simple des lieux ouverts

J’attends les hommes, peu à peu je sens leurs pas qui me traversent ; Ils se rassemblent au rythme des tambours, ils lancent leurs corps dans la danse, leurs chants lavent les peines et les rancunes

Transpirants ils viennent un à un s’effondrer sur mes pierres chaudes tandis que leurs langues assoiffées rêvent  et chuchotent  à l’oreille de la nuit


Je suis le chien qui veille sur la place

Je guide ceux qui se perdent et sont allés trop loin

Je cours devant eux, joyeux ou ténébreux

Je les conduis face à la mer miroir

Ainsi sur un rocher ils assistent à leur propre spectacle, profondeurs abyssales, nœuds, plaies, terreurs d’enfant

Jusqu’à peut-être apercevoir l’éclat d’une améthyste, d’un rubis, d’un cristal, d’une pierre de lune, qu’importe

Ils trouvent parfois leur trésor

Le soir je deviens source pour étancher leur soif

Mais je reviens toujours à ma place

Attentive,  à l’écoute de l’aube qui pointe.


                                                                         Dominique